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Programme de musculation - Entraînement
FRANCO DE PORT

FRANCO DE PORT
PAR SHAWN PERINE

Le nouveau professionnel de l’IFBB Frank Roberson est un gars de la campagne, un fonceur, une force de la nature: voici la Tornade texane.


On aurait pu croire qu’il balançait des quartiers de viande crue à des chiens enragés.

Après un posing ponctué de hochements de tête, de roulements de hanches et de rugissements primitifs, Frank Roberson a mis une sacrée ambiance chez les poids lourds au cours du posedown de l’édition 2003 des championnats nationaux NPC. Ses lèvres et les muscles de son corps bien découpé s’agitaient avec la même vigueur; il encourageait les spectateurs du Jackie Gleason Theater à manifester leur appréciation des athlètes et il incitait les compétiteurs à offrir à leur public un spectacle débordant d’enthousiasme.
Sous sa conduite inflexible, c’est exactement ce qu’ils ont fait! En fait, il régnait un tel désordre sur scène que, sans le vouloir, Roberson et son co-finaliste Darrell Terrell se sont donné un coup de tête. Terrell s’est retrouvé avec une bosse et Roberson était encore plus remonté, tandis que les spectateurs en délire laissaient exploser leur joie teintée d’incrédulité. Les applaudissements, les sifflements et les exclamations se sont poursuivis bien après le départ des cinq finalistes en direction des coulisses du théâtre.
Au moment où ce même groupe de poids lourds s’apprêtait à rejoindre la scène afin de connaître leurs classements, Frank Roberson a posé la question suivante à Peter McGough, rédacteur en chef de l’édition américaine de FLEX: “Si je gagne et que je mets mon chapeau [de cow-boy] pour les photos de la remise du trophée, est-ce que je serai disqualifié?” McGough qui, au vu de la vivacité de la performance de Roberson au prejudging de la veille, avait déjà surnommé son interlocuteur “la Tornade texane,” a répondu d’un ton pince-sans-rire: “Non, sauf si les juges ont l’intention de se faire lyncher.” Donc, quand on a annoncé une seconde place pour Jeff Schwartzer, Roberson a quitté la scène à toutes jambes, à la consternation du public, pour y revenir quelques secondes plus tard, coiffé de son couvre-chef fétiche. Par ce geste, à défaut de son physique (c’est le super lourd Mat DuVall qui a remporté le titre en toutes catégories), il s’est affirmé comme la personnalité la plus remarquable des championnats nationaux NPC 2003.
AVIS DE TEMPÊTE Frank Roberson avait assez de punch pour approvisionner en énergie tout le Texas lors de vague de chaleur du mois d’août, et on ne risque pas de se tromper en affirmant qu’il n’est pas vraiment venu au monde, mais qu’il y a été propulsé le 10 juillet 1970 à San Antonio. Athlète né, il a découvert le bodybuilding — ou du moins la magie de la musculation — à l’âge de 14 ans, quand il jouait au football américain au lycée. Il aurait pu se contenter de considérer la musculation comme un simple outil destiné à améliorer ses exploits dans ce sport, mais le destin en a décidé autrement.
“Le voisin d’en face jetait des poids en béton dans une benne,” se souvient-il. “Je suis donc allé chez lui et lui ai demandé si je pouvais les récupérer. Il m’a dit: ‘Je m’en débarrasse, mais pour 10 dollars, ils sont à toi.’”
Bien entendu, Roberson a accepté l’offre de ce voisin radin et c’est ainsi qu’a débuté son histoire d’amour avec la fonte (ou, en l’occurrence, avec le béton).
Trois ans plus tard, à 17 ans, il sort victorieux de son premier concours de bodybuilding, le Lee Labrada Teen Texan. “Je ne savais vraiment pas ce que je faisais. Pour ce concours, mon régime consistait en biscuits Oreo et en repas au McDo. ça ne m’a pas empêché de gagner.”
Roberson réussissait à la fois comme bodybuilder et comme défenseur de milieu de terrain dans l’équipe de football américain du lycée, et il lui a fallu faire un choix cornélien: il envisageait en effet de poursuivre sa carrière de joueur de football américain à l’université. Avec ses 1,78 m et ses 95 kg, c’était un des joueurs les plus costauds et les plus puissants de l’équipe et ce, grâce à ce jeu d’haltères en béton. Mais il allait dorénavant passer au niveau supérieur et, en position de linebacker, on ne manquait pas de gaillards qui mesuraient 15 cm de plus que lui et dont la masse musculaire dépassait la sienne de loin. Il a donc pris la décision de descendre à 84 kg pour avoir un physique mince et musclé, et de jouer en cornerback (défenseur de côté) dans l’équipe de l’université du Nouveau Mexique.
Malgré ses prouesses dans l’équipe universitaire, Roberson ne pouvait ignorer sa passion croissante pour le bodybuilding. Il a obtenu une licence en nutrition et éducation physique, puis s’est engagé dans l’armée où il a obtenu le grade de sergent dans la police militaire. En même temps, il poursuivait son entraînement. En garnison en Oklahoma, il a remporté les championnats de Stillwater, puis une victoire en toutes catégories aux championnats de l’Oklahoma en 1999. La discipline de fer nécessaire pour concilier le mode de vie du soldat avec celui du bodybuilder a assoupli le tempérament de Roberson qui, cette année-là, a participé à huit compétitions. La rigueur de l’armée américaine n’a cependant pas suffi à dompter sa personnalité exceptionnelle. “J’ai remporté le premier Ronnie Coleman Classic en dansant sur scène, etc. Après le spectacle, Ronnie s’est approché et m’a dit, ‘Toi, t’es complètement allumé!’ J’aime apporter de l’énergie sur scène. Je suis comme ça.”
L’année 1999 s’est achevée par une deuxième place derrière Johnnie Jackson aux championnats nationaux juniors et Roberson a compris que sa route était tracée — il passerait pro quoiqu’il arrive. La carrière de Frank Roberson comme bodybuilder avait démarré et progressait à un rythme tellement rapide que même le cornerback Roberson n’aurait pas pu suivre. Après quelques tentatives au niveau national dans des catégories de poids diverses, Roberson et son amie et mentor, Mary Alcorn, ont mis au point la stratégie gagnante, juste à temps pour les championnats nationaux 2003. La Tornade texane a débarqué à Miami Beach le 15 novembre 2003, remporté la compétition haut la main, emballé le public et inscrit cette rencontre dans les annales du bodybuilding.
À L’ASSAUT DE NEW YORK Selon Roberson, les championnats nationaux n’étaient qu’un galop d’essai avant ce qui sera un spectacle majeur et imprévisible — sa carrière de bodybuilder professionnel — et il est impatient de met-tre un peu de piment au plus haut niveau de ce sport. “Il va y avoir du spectacle chez les pros,” déclare-t-il et il s’apprête à le prouver à la Nuit des Champions en mai prochain à New York.
“Je suis si emballé à l’idée de partager la scène avec des gens comme [Craig] Titus et [King] Kamali,” déclare Roberson avec enthousiasme. “Avec mon amie, Mary, j’essaye d’arriver à 110-115 kg, tout en conservant une taille fine. En plus, je serai écorché et au top de ma forme pour cette compétition.” Et il se met à chanter le refrain d’une célèbre ballade country: “D’où vient-il ? D’où vient-il ?” chante-t-il. “C’est ce que tout le monde va dire quand on me verra sur scène à New York. Je vais tous les surprendre.”
Et le fameux chapeau? Qu’est ce qu’il représente? “Je ne suis qu’un gars du fond du Texas,” reconnaît Roberson. “Disons que le chapeau me représente et qu’il représente le Texas: je me sens donc obligé de le porter.” En riant, il ajoute: “En fait, je vais aussi le porter à New York!” Il vaut mieux que New York se prépare à se calfeutrer car il semblerait qu’une tempête se prépare pour le 22 mai — ou plutôt une Tornade texane.
LES DELTOÏDES VUS PAR ROBERSON
Pour les deltoïdes, Mary [Alcorn, son amie et conseillère en entraînement et nutrition] et moi avons réparti l’entraînement en hors compétition/pré-compétition. En période de pré-compétition, je cherche à accentuer le relief musculaire des épaules. Nous avons constaté qu’en alternant les exercices où je prends des charges lourdes avec ceux où je dois alléger et isoler davantage, je me concentrais mieux sur des zones précises des épaules et je réalisais une contraction maximale. Nous avons commencé à utiliser cette technique pour les championnats nationaux. Aux championnats USA en juillet, mes épaules étaient très développées, mais il leur manquait le détaché qui assure la victoire. Aux championnats nationaux, moins de quatre mois plus tard, elles paraissaient plus découpées, avec une forme plus harmonieuse. J’ai donc découvert que c’était le résultat de cette répartition entre entraînement hors compétition et entraînement de pré-compétition. J’adopterai la même technique pour ma préparation à la Nuit des Champions.”
MARY ENTRE EN SCÈNE
Dans les conversations de Frank sur le bodybuilding, le mot “baby” revient aussi souvent que chez un nostalgique des années hippies. Mais il ne porte ni coquillages véritables, ni perles et il n’est pas membre à vie du fan club de Donovan. Chez Roberson, le mot “baby” est un terme d’affection à l’égard de son amie de longue date, Mary Alcorn qui est également son supporter le plus enthousiaste, sa partenaire d’entraînement ainsi que son coach et conseillère en nutrition.
“Elle m’apporte un soutien formidable. Elle est toujours à mes côtés et je peux toujours compter sur elle,” explique Roberson. “Elle invente constamment de nouvelles approches. Au début, quand elle a voulu participer à mes entraînements, je répondais ‘Non, ça va aller’. Vous savez ce que c’est: je suis un homme, je faisais du bodybuilding tout seul depuis longtemps et je pensais donc que je n’avais pas besoin d’aide. Mais tout de suite, elle m’a montré des manières différentes de m’exercer et toutes ont donné des résultats. C’était incroyable.”
Tellement incroyable que Roberson lui attribue sa victoire aux championnats nationaux. “Je tirais en super lourds et je me suis fait rétamer [il a fini huitième sur vingt-deux]. Mary a donc déclaré: ‘Tu vas gagner les championnats nationaux même si je dois y laisser ma peau.’ Elle a donc mis au point un régime et un plan d’entraînement et a décidé que je participerais aux championnats nationaux dans la catégorie poids lourds: ça a marché à la perfection.”
Du balai, Charles, Chris, Hany et Chad! Il semble qu’un nouveau gourou du bodybuilding vienne de débarquer — et qu’il s’appelle Mary. FLEX
 
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